Homa Arjomand, contre la charia au Canada

LE MONDE | 21.10.05 | 13h47  •  Mis à jour le 21.10.05 | 13h47







Toronto la cosmopolite, banlieue nord. Sur le parking d'un restaurant thaïlandais, Homa Arjomand ouvre le coffre arrière de sa voiture et exhibe fièrement une layette. "On me l'a donnée pour le bébé d'une femme battue par son mari en pleine grossesse." Entre deux bouchées de poulet au riz bien épicé, cette femme élégamment vêtue de noir s'enflamme ensuite, en racontant avec humour et conviction son combat en faveur des femmes et des enfants face à l'intégrisme religieux.

Biographie

1952 Naissance à Ahwaz, dans le sud de l'Iran.

1989 Fuite de Téhéran vers la Turquie.

1990 Arrivée au Canada avec un statut de réfugiée.

2003 Lance la campagne internationale contre la création de tribunaux islamiques au Canada.

2005 Le gouvernement de l'Ontario interdit les arbitrages religieux.

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Homa Arjomand est celle qui a fait plier le gouvernement provincial de l'Ontario. Sans argent, par sa seule volonté. Dans cette riche province, où vit une bonne partie des 600 000 musulmans du Canada, des groupes islamistes réclamaient depuis 2003 le droit d'arbitrer des conflits de nature familiale en s'appuyant sur la charia. Après avoir flirté avec l'idée de dire oui, le premier ministre de la province, Dalton McGuinty, y a finalement renoncé, le 11 septembre.

Réfugiée iranienne de 53 ans, celle qui crie aujourd'hui "victoire pour les droits des femmes, les droits de l'homme et la civilisation" travaille à Toronto auprès de femmes victimes de violences. Ce sont à 90 % des immigrantes d'origine musulmane, qui subissent d'énormes pressions de leur communauté dès qu'elles s'écartent du "droit chemin" édicté par la loi islamique.

L'histoire même d'Homa Arjomand est une épopée. Après des études de physique médicale en Grande-Bretagne, elle rentre à Téhéran, où elle enseigne dans plusieurs collèges et universités. Dans les années 1980, sous le régime de Khomeiny, elle mène une double vie, profitant de ses voyages pour structurer en secret un mouvement de femmes. L'un de ses meilleurs souvenirs est d'avoir organisé secrètement une énorme manifestation contre le port de la burqa. Combat vainqueur : le régime avait ensuite renoncé à l'imposer aux femmes.

Homa Arjomand n'a pas toujours gagné. En 1989, elle apprend qu'on va l'arrêter. Elle file vers la Turquie ­ avec son conjoint et leurs deux jeunes enfants ­, munie de faux papiers. Un voyage "terrible". "Il fallait traverser les montagnes à cheval, de nuit, dans la neige. Quatre nuits d'enfer pour atteindre le premier village turc. La joie que j'ai alors ressentie ne s'est répétée qu'une fois : lorsque j'ai appris que le gouvernement de l'Ontario renonçait au projet de tribunaux islamiques."

Après quelque temps passé en Turquie, elle demande le statut de réfugiée politique au Canada. Elle a choisi ce pays pour sa réputation de liberté, d'antiracisme et de multiculturalisme. "Quelle erreur !", s'exclame-t-elle aujourd'hui. Ce qu'elle découvre en Alberta, puis en Ontario, ce sont des communautés d'immigrants repliées sur elles-mêmes, gouvernées par la religion, et dont les femmes subissent une forte oppression.

"Au nom du respect des cultures et des religions, o n tolère les mariages arrangés ou la polygamie au Canada !, s'insurge Homa Arjomand. On permet à un musulman de battre sa femme sans être puni, alors qu'un Canadien blanc sera arrêté." Julius Grey, avocat réputé en matière de défense des droits de la personne, partage son combat. S'il a défendu le droit des sikhs à porter le turban, il n'aime pas pour autant ce "multiculturalisme excessif et malsain" invoqué pour soustraire des pans du droit commun aux tribunaux et les confier à des religieux.

En 2003, le projet de tribunaux d'arbitrage islamiques est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. "Je n'en croyais pas mes yeux", se souvient Homa Arjomand. La militante se renseigne à l'étranger, constate que partout il y a menace d'emprise islamique. Elle décide alors de lancer une campagne internationale contre les tribunaux qui s'appuient sur la charia au Canada.

Comme autrefois en Iran, elle organise "un mouvement de base", partant d'individus qui vont essaimer la bonne parole. Un site Internet naît (www.nosharia.com), des milliers de personnes signent une pétition en ligne, une centaine d'organismes de défense des droits de l'homme se mobilisent, dont le Conseil canadien des femmes musulmanes. Sa directrice, Alia Hogben, loue "le travail acharné" d'Homa Arjomand. "Notre perspective, en tant que musulmanes, était différente, précise-t-elle, mais, pas plus qu'elle, nous ne voulions que des lois religieuses soient utilisées pour régler des problèmes familiaux."

La levée de boucliers fait bouger le gouvernement de l'Ontario. En décembre 2004, un rapport recommande d'autoriser, tout en l'encadrant, l'arbitrage religieux selon la charia. Cette position met le feu aux poudres, et Homa Arjomand refuse de désarmer. La campagne anticharia prend de l'ampleur, au Canada et à l'étranger.

Avec, pour seules armes, "un bureau dans la chambre à coucher, un ordinateur et un -téléphone- cellulaire", elle organise des meetings dans le monde entier via Internet. Sa liste d'adresses électroniques contient 28 000 noms ! Durant des mois, son groupe a exercé une pression permanente sur les responsables du gouvernement de la province. "Je crois , souligne-t-elle, qu'ils ont alors réalisé que cela irait de mal en pis et que nous n'allions pas baisser les bras."

Le 8 septembre, la tension monte d'un cran. Des manifestations anti-tribunaux islamiques sont organisées dans plusieurs grandes villes canadiennes et étrangères. Trois jours plus tard, le premier ministre de l'Ontario annonce qu'il "n'y aura pas de loi de la charia en Ontario ni d'arbitrage religieux, mais une loi pour tous les Ontariens".

Homa Arjomand a-t-elle fini de s'inquiéter ? " Quand je verrai un imam arrêté au Canada pour non-respect de la loi interdisant la polygamie ou pour avoir célébré un mariage arrangé avec une mineure, je crierai vraiment victoire !", réplique-t-elle.

Il lui reste aussi à veiller à ce qui se passe dans le monde. Homa Arjomand effectue actuellement un voyage en Europe. Elle sera notamment à Paris (le 24 octobre) et à Lyon (le 26), pour partager son expérience avec ceux qui s'y battent aussi contre "les islamistes politiques". Avec un message simple : il est possible de "les empêcher d'agir".

Anne Pélouas

Article paru dans l'édition du 22.10.05

 





 

Homa Arjomand, counters the charia in Canada

THE WORLD | 21.1005 | 13h47? Put? day the 21.1005 | 13h47

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Toronto the cosmopolitan, northern suburbs. On the carpark of a restaurant tha?landais, Homa Arjomand open the trunk arri?re its car and exhibe fi?rement a thin layer. "One donn?e for the b?b has it to me? of a woman beaten by her husband into full pregnancy." Between two bouch?es of chicken to rice well?pic?, this woman?l?gamment v?tue of black ignites then, while telling with humour and conviction its combat in favour of the women and the children face? religious int?grism.

Biography

1952 Birth? Ahwaz, in the south of Iran.

1989 Escape of T?h?ran towards Turkey.

1990 Arriv?e in Canada with a statute of r?fugi?e.

2003 Launch the international countryside against cr?ation of Islamic courts in Canada.

the 2005 government of Ontario prohibits them religious arbitrations.

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Homa Arjomand is that which made fold the government provincial of Ontario. Without money, by its only volont?. In this rich person province, O? many the 600 000 Moslems of Canada saw, islamist groups r?clamaient since 2003 the right to arbitrate conflicts of family nature while resting on the charia. Apr?s to have flirt? with the id?e of saying yes, the Prime Minister for the province, Dalton McGuinty, has there finally renonc?, September 11.

53 years Iranian R?fugi?e, that which shout today "victory for the women's rights, the humans right and civilization" works? Toronto aupr?s women victims of violences. It is? 90 % the immigrant ones of Moslem origin, which undergoes?normes pressures of their communaut? d?s that they are?cartent "right way" ?dict? by the Islamic law.

The history m?me of Homa Arjomand is a?pop?e. Apr?s of the?tudes of does physics m?dicale in Great Britain, it return? T?h?ran, O? it teach in several coll?ges and universit?s. In the ann?es 1980, under the r?gime of Khomeiny, it m?ne a double life, benefitting from its voyages to structure in secrecy a movement of women. One of its the best is memories to have organis? secr?tement a?norme demonstration against the port of the burqa. Fights victorious: the r?gime had then renonc? ? to impose to the women.

Homa Arjomand always does not have gagn?. In 1989, it learns that one the arr?ter goes. It slips by towards Turkey? with its spouse and their two young children?, provided with forged identity paperss. A voyage "terrible". "the mountains had to be crossed? horse, of harms, in snow. Four nights of hell to reach the first village Turkish. The joy that I then felt is r?p?t?e only one time: when I learned that the government of Ontario renon?ait with the project of Islamic courts."

Apr?s some time pass? in Turkey, it asks the statute of r?fugi?e political in Canada. It chose this country for its r?putation of libert?, of antiracism and multiculturalism. "Which error !", it exclaims today. What it d?couvre in Alberta, then in Ontario, they are communaut?s immigrants repli?es on they-m?mes, gouvern?es by the religion, and whose women undergo one strong oppression.

"In the name of the respect of the cultures and the religions, O N tol?re marriages arrang?s or polygamy in Canada!, Homa Arjomand rises. One allows? a Moslem to beat his wife without?tre punished, then that one Canadian will white be arr?t?."Julius Grey, lawyer r?put? in mati?re of d?fense of the rights of the person, divides her combat. If it has d?fendu it right of the sikhs? to carry the turban, he does not like therefore it "multiculturalism excessive and unhealthy " invoqu? to withdraw sides of the right commun run with the courts and to entrust them? of the monks.

In 2003, the project of Islamic courts of arbitration is drip of water which makes d?border the vase. "I did not believe about it my eyes ", Homa Arjomand remembers. The militant one gets information? the?tranger, notes that everywhere there is Islamic threat of influence. It d?cide then of launching an international campaign against the courts which rest on the charia in Canada.

As formerly in Iran, it organizes "a movement of base ", on the basis of individuals who go essaimer the fine words. One Internet site na?t (wwwnosharia.COM), of the thousands of people sign a p?tition on line, a hundred organizations of d?fense of the rights of the man mobilize himself, of which the Canadian Council of the Moslem women. Its director, Alia Hogben, rent "work acharn?" of Homa Arjomand. "Our prospect, as Moslem women?tait diff?rente, pr?cise it, but, not more than it, we do not want that religious laws are utilis?es for r?gler probl?mes family."

The lev?e of shields makes move the government of Ontario. In d?cembre 2004, a report/ratio recommends to authorize, while framing it, the religious arbitration according to the charia. This position puts fire at powders, and Homa Arjomand refuses d?sarmer. The countryside anticharia takes width, in Canada and? the?tranger.

With, for only weapons, "an office in the room? to sleep, a computer and one - t?l?phone- cellular ", it organize meetings in the whole world via Internet. Its list ?lectronic addresses contains 28 000 names! During months, its group exerc has? a permanent pressure on the persons in charge for the government for province. "I believe , it underlines, that they have then r?alis? that that would go from evil in worse and that we were not going to lower them arm."

September 8, the tension goes up of a notch. Demonstrations Islamic anti-courts are organis?es in several large cities Canadian and?trang?res. Three days later, the Prime Minister of Ontario announces that it "will not have there law of the charia in Ontario nor of religious arbitration, but a law for all the Ontarians".

Did Homa Arjomand finish inqui?ter? " When I will see an Imam arr?t? in Canada for prohibiting non-observance of the law polygamy or to have c?l?br? a marriage arrang? with minor, I will shout really victory!", r?plic it.

It remains to him too? to take care? what occurs in the world. Homa Arjomand currently accomplishes a voyage in Europe. It will be in particular? Paris (on October 24) and? Lyon (26), to divide its exp?rience with those which y beat also against "islamist policies". With one simple message: it is possible of "emp?cher to act".

Anne P?louas

Article published in the?dition of the 22.1005